Le public tousse.
Le public applaudit entre deux mouvements.
Le public est sourd.
Je hais le public.

Contentement d’un auditeur basique à l’écoute d’un accord parfait majeur.

 


Le public tousse.

le bon sirop

Tousser est-il un droit du spectateur, ou au contraire un manque de considération pour les artistes et les autres ?
Pourquoi tousse-t-on autant aux concerts classiques?
Dans le métro, je n’entends presque jamais de toux.
Aux concerts de jazz ou de pop on tousse moins.
Alors, je pose la question : doit-on se forcer à tousser et se racler les glaires comme si on était poitrinaire au dernier degré ?
Ce n’est pas qu’entre les mouvements, mais souvent lors de passages très calmes, juste quand le solo de cor anglais commence à vous tirer une larme.
Je propose la solution suivante pour mettre du soleil dans vos bronches : distribuer des pastilles à l’entrée.

Mais qui a donc toussé ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Le public applaudit entre deux mouvements.

C’est bien la preuve d’un manque de culture musical.
Pourtant le programme indique en général le nombre de mouvements d’une œuvre.
Si l’on n’est pas sûr de soi, il vaut mieux faire comme moi et ne jamais applaudir aucun artiste. Après tout, il ne fait que son travail ; applaudit-on le plombier ou l’électricien en fin de journée, l’éboueur à chaque passage ou le politicien intègre (bon, là, on ne risque pas de trop s’user les paumes de mains) ?

 

Mario le plombier et Luigi l’électricien.

Précepte n° 1 : Ne pas applaudir, c’est ne pas se tromper.

On m’a appris qu’un concerto pour piano est en trois mouvements vif-lent-vif.

Tout content de mon nouveau savoir, je suis allé assister au 2e concerto pour piano du rondouillet Brahms.

J’étais anxieux à l’écoute de cette merveilleuse musique que je n’ai pu apprécier à sa juste valeur, tant mes trois doigts étaient crispés de s’y perdre dans le décompte tripartite. A l’issue du dernier accord et donc du 3e mouvement, je me mis à applaudir et à hurler Brava, brava !
Pas de chance, cet illuminé de Brahms avait décidé de rajouter un mouvement et de recycler un scherzo initialement prévu pour son concerto de violon dans celui pour piano.

Je n’avais pas prévu cela, un concerto en 4 mouvements, , non plus que la foule ahurie qui s’était jointe à mes claquements de mains.

On s’y perd encore plus dans les sonates :

La sonata da chiesa ou sonate d’église est généralement formée par quatre mouvements : grave, vite, lent, vite.
La sonata da camera ou sonate profane est une suite qui se compose en principe d’un prélude suivi de plusieurs mouvements de danse.
Les sonates de Domenico Scarlatti ne comportent souvent qu’un seul mouvement .
Dans la sonate classique et romantique, on trouve traditionnellement trois mouvements vif-lent-vif (finale).
Mais des petits malins se sont crus plus intelligents que les autres en écrivant une sonate à 4 mouvements – le lugubre Chopin et sa sonate n° 2 op.35 avec sa fameuse marche funèbre et un 4e mouvement fulgurant, d’à peine 4 pages et duquel l’ignare Robert Schumann avait asséné à qui voulait l’entendre que ce n’était pas de la musique – ou encore, comme le méphistophélique Franz Liszt, une sonate en un seul mouvement.
Cette sonate (en si m.), pourtant un chef-d’œuvre, n’est plus jamais programmée par les concertistes respectueux de leur public, pour deux raisons :
– Le public ne peut pas applaudir entre les mouvements.
– Le public ne peut presque plus tousser.

Précepte n° 2 : ne jamais applaudir lorsqu’une sonate est programmée.


Le public est sourd.

Le public est sourd par manque d’éducation musicale.

Prenons l’exemple du misanthrope Beethoven.
Pour en revenir à ses « Lettre à Elise, Pastorale, Héroïque, Appassionata et autre Pathétique », Beethoven avait paraît-il le génie de la musique (enfin, c’est ce que Ceux-qui-Savent prétendent). Là où un Chopin (un autre génie, mais nous lui réglerons son cas, à celui-là aussi) distille çà et là, de manière discrète, quelques harmonies prétendument neuves – ceux qui disent cela devraient écouter Ravel ou Scriabine, c’est bien plus « neuf » que leur pote Chopin, qui était un peu jaloux d’eux – Ludwig Van va enfoncer le clou et nous assommer avec des rythmes jamais entendus, des propositions musicales scandaleuses de puissance évocatrice, une concentration des événements musicaux, opposition des masses et des volumes sonores, un éclatement des registres, bref une gestion de l’espace, du temps et de l’énergie hors du commun. Chez lui, la musique est élevée à la puissance de forces autonomes, dixit André Boucourechliev.

Mais comme chaque siècle porte son lot d’ânes musicaux, peu de gens comprenaient sa musique et il devait l’affubler de noms d’oiseaux pour amadouer ses éditeurs et leur faire croire à une suite de mièvreries sur des accords parfaits et arythmiques, soutenus par quelques innocentes gammes jetées çà et là.

Il était tellement prétentieux qu’un jour, il se vantait auprès d’un ami d’avoir écrit un de ses derniers quatuors pour la postérité – il sera compris dans cinquante ans, clamait-il – et pas pour les abrutis contemporains qui l’entouraient.

Il s’est trompé car personne ne comprend pas plus, même aujourd’hui, ses quatuors et à part deux ou trois tubes, la 5e, la Lettre à Louise ou la triste Clair de Lune – écrite en mode mineur, un procédé de vieux renard pour faire larmoyer les foules et se pâmer les jeunes filles – son nom n’évoque pas grand chose à la jeune génération, gavée d’arythmie musicale et de non-mélodies (ceux-là je vous promets que je ne vais pas les rater, ni les faiseurs ni leur public).

La musique disco est par essence arythmique

Ludwig est donc mort dans l’oubli mais plein aux as, expatrié aux Etats-Unis pour fuir le nazisme et ses journées s’écoulèrent en d’interminables parties de tennis et de pétanque (ou alors c’est Arnold Schoenberg, je ne sais plus trop).
C’est entre deux parties acharnées qu’il composa sur un coin de table sa 9e symphonie, qui comporte en son 4e et dernier mouvement l’Ode à la joie, un chœur avec une sorte d’accompagnement d’orchestre pas trop mal ficelé.

Il faut dire qu’il nous avait servi quelque temps auparavant sa « Missa Solemnis » et qu’à cette occasion, pour ne pas tomber dans le fameux principe de Peter, il s’était renseigné sur la prosodie, qui est l’art d’éviter, entre autres, de faire tenir une consonne dans le suraigu et pendant 8 mesures à une soprano.

Glotte saine de soprano.

Le grand Herbert von Karajan en a réalisé un arrangement musical au profit du Conseil de l’Europe pour en devenir « l’hymne européen » officiel.
On réglera bientôt leur compte aux arrangeurs de tous poils, qui dérangent plus qu’ils n’arrangent les musiques existantes.
Ces grands jaloux pensent certainement que les orchestrations d’un Beethoven ou les Plaintes Musicales d’un Chopin soient si mal réalisées, qu’il faille les « arranger » ; car arranger veut dire améliorer et en plus d’avoir son nom adossé à quelqu’un de célèbre, on touche des droits.
On peut aussi « adapter » une œuvre, en général célèbre, ce sera plus rentable : par exemple le roucouleux Tino Rossi qui reprit en son temps la mal-nommée « tristesse-de-chopin », étude op.10 N° 3 ou plus proche de nous, Frédéric Gainsbourg qui adapta cette étude pour un duo « lemon incest » avec sa fille Charlotte ; le pauvre Serge Chopin a dû tressaillir, lui si pudique. Mais le public adore les reprises, qui le confortent dans le Connu. Universal aussi est confortée en regard de son compte de bilan.


L’éducation

Donc, si le public est sourd (comme Beethoven), il faut l’éduquer et lui apprendre le solfège.
Non pas qu’on apprécie mieux la musique si on est 1er prix de conservatoire, mais dans la vie, il faut savoir s’élever. Or, si j’apprends la comptabilité pendant deux ans, j’aurai fait le tour de cette matière et n’aurait guère plus de choses à en apprendre.
En art, une vie ne suffit pas. Même pour un professionnel.
Alors vous pensez bien pour un amateur…

bande de dilettantes parlant beaucoup (de musique) mais agissant peu

J’ai bien dit amateur et non dilettante car ce qui devrait différencier l’amateur du professionnel, c’est non pas la qualité du travail mené, mais sa quantité.

 

 


Le bon public

Un bon public est donc :
– Un public averti.
– Qui tousse peu.
– Qui n’applaudit pas.
– Qui reste concentré sur son écoute pendant le concert
– Qui, par son éducation musicale, aura une écoute active et non plus passive.

Auditeur averti se comportant en « bon public  » (retient sa toux, n’applaudit pas, reste concentré, en extase intérieure).

 

Par Jean-Loup Cataldo le 12 février 2017

Poursuivre la lecture...




Soyez le premier à commenter !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Haut