Enfreindre les règles, quel bonheur !

(Petite plaisanterie musicale en ton Majeur)

La musique est régie par des règles qu’on doit en premier lieu apprendre pour ensuite mieux les enfreindre. Sinon, où serait le plaisir ?

Tout l’Art du compositeur est de rendre les choses simples (à l’écoute), même s’il en a bavé pour les écrire. Ravel, de son propre aveu, a sué pour écrire le 2e mouvement de son concerto pour piano en G (le fameux « blues »).
Ce morceau est très beau. Vraiment très beau. Pourrait-on en déduire le principe selon lequel plus on transpire, plus c’est beau ? Pas forcément.
Charles Trénet, un grand prétentieux, se vantait d’avoir écrit « La Mer » en 5 minutes.
Le joli petit Mozart, paraît-il, a composé son opéra « La Flute Enchantée » en moins de temps qu’il en a fallu au copiste pour en recopier les parties séparées.

Mozart jouant de la flûte

Cet « opéra maçonnique » (Mozart était franc-maçon, loge maçonnique « la Bienfaisance », pour adhérer, tel au 062845121114 heures bureau merci) est une escroquerie : alors que le « Ring » de l’opportuniste Wagner dure en moyenne quinze heures, le Carmen de l’hispanisant Bizet environ trois heures, la « Flûte » ne dure que deux heures.

 

Précepte n°1 :

il est donc plus rentable d’acheter un billet pour le Ring que pour aller entendre les vociférations de la Reine de la Nuit.


Le repos de la Walkyrie après 15 heures de chant non stop.

Mais Amédée n’est pas le seul à prendre son public pour une bille : le Roi de la Fugue et bien nommé Jean-Sébastien Bach est un pro en la matière.
Tout le monde connaît son petit prélude en ut Majeur (Clavier bien Tempéré), qui fort heureusement, ne dure que deux pages :

après l’avoir écouté une vingtaine de fois, je me suis incidemment aperçu qu’il n’y avait pas de mélodie.
Pas de mélodie, oui vous avez bien lu !
C’est un pote à lui, le rusé Gounod, qui s’en est chargé à sa demande expresse et a requalifié le titre, ni vu ni connu, en « Ave Maria ».

Ce vieux requin de Gounod savait bien que les droits d’auteur, c’est sur la mélodie qu’on les touche. En fait, on peut dire que par récurrence, Bach est l’arrangeur, sur ce prélude, du roué Gounod.
Bach-arrangeur percevra donc à ce titre un douzième sur les droits.
Mais il ne mérite pas plus, parce que ce morceau est une pure escroquerie musicale :

1) ton d’ut, moins fatiguant pour compter les dièses et les bémols sur ses doigts.

2) Arpèges dans un seul sens (en montant, on dit « arpège ascendant »), car il nous prend pour des ignares incapables de supporter une écoute trop complexe.

3) Pas de mélodie car trop difficile à écrire pour Bach sur ce genre d’accompagnement.

4) Mélodie sous-traitée ultérieurement par un confrère peu scrupuleux pour « relancer » le morceau et toucher des droits d’arrangeur.
Les remixes ne datent pas d’aujourd’hui et je vous parlerai un jour des compositeurs qui volent aux autres et même ceux qui se pillent eux-mêmes.

Dans le genre demi-escroc musical, on peut classer aussi l’insomniaque Beethoven, qui a profité d’une balade digestive à Heiligenstadt, pour jeter (c’est vraiment le terme qui convient) sur le papier et en pature à l’auditeur naïf le 1er mouvement de sa « sonate au clair de lune ».

Demi-escroc, car s’il a utilisé la même recette éculée de l’accompagnement en arpège, il a toutefois :

1) composé un semblant de motif anémique à la partie dévolue au chant (le mot « chant » est prétentieux, dans ce cas)

2) Utilisé une tonalité remplie de dièses, pour faire celui qui s’y connaît à compter sur ses doigts.

Demi-escroc car il joue seulement deux doigts pour l’accompagnement à la main gauche, une basse jouée en octave digne d’un apprenti harmoniste de première année de conservatoire.

Mais, s’il était sourd, il n’était pas aveugle, chaque année, quand il recevait son relevé SACEM avec inscrit le montant des droits de la Clair de lune, inversement proportionnel aux nombre de notes du chant.

Sur ce coup, cet incapable de Gounod n’aurait pas pu rivaliser en mélodie car les arpèges de la Clair de Lune modulent trop pour son cerveau de faiseur de comédies musicales. Il avait bien proposé quelques maquettes à Ludwig, mais elles lui furent retournées sans autre forme de procès.

Avec les droits de la Clair de Lune, qui s’ajoutaient à ceux de la 5e, de la Pathétique, de l’Appassionata, de la Pastorale, de la Lettre à Elise et de l’Héroïque, Beethoven a pu s’acheter un joli T4 à Heiligensatdt, banlieue sinistre et froide de Vienne, c’est quand même mieux pour composer quand on souffre.

Heiligenstadt

C’est là qu’il a écrit son fameux «  testament d’Heiligenstadt », où il ne lègue rien à personne – Il était tellement radin qu’il a composé un truc pour piano qui portait titre « rage au sujet d’un sou perdu » – mais qui lui a servi à se plaindre de sa surdité.


– « Monsieur Beethoven, un sourd peut-il composer » ?

– « Vous dites  » ?

A ce sujet, le vulgaire peuple, qui ne comprend décidément rien aux nombreux secrets de la musique, se pose toujours la même question : Comment peut-on composer en étant sourd ?

La réponse est :

– Parce qu’il avait une partie des oreilles, l’oreille interne plus exactement, connectée à son cerveau.
Or c’est avec l’oreille interne qu’on entend le mieux les sons dans sa tête.
Il ne faut pas confondre avec l’oreille intérieure, qui comprend la cochlée, centre d’équilibre du corps.
A moins que ce ne soit l’inverse, me dit mon correcteur, mais tout cela pour dire qu’il entendait les sons en lui, sans avoir besoin du recours au piano.

Schéma de l’oreille interne de Beethoven.

 

Tout est question de relativité. On prend un son-étalon, par exemple un la, qu’on retient à peu près par cœur, et à partir de celui-ci, l’oreille bâtit son système de relations d’intervalles. Pour les personnes entrainées, c’est à dire après une ou deux semaines de solfège, on peut « entendre » une partition rien qu’en la lisant (Je parle de semaines pour motiver les lecteurs naïfs et incultes, mais en réalité, le vrai musicien qui me lit sait qu’on a besoin d’un peu plus de temps).

 

 

 

 

– Quand Ludwig était petit, son père, qui était un sadique réputé, le faisait se lever à quatre heures du matin et répéter ses gammes jusqu’à dix heures. Parce que vous croyez qu’on devient un Ludwig en se levant à midi, vous ?

Beethoven recevant la correction de son père.

Beethoven a donc beaucoup travaillé pour se faire une place au soleil de Vienne : gammes, arpèges, solfège, harmonie, contrepoint, etc.
C’est à lui qu’on doit quelques phrases célèbres, reprises par les politiciens à leur compte (remplacer le nom « Beethoven » par celui votre politicien préféré) :

« Prince, ce que vous êtes, vous l’êtes par le hasard de la naissance.
Ce que je suis, je le suis par moi. Des princes, il y en a et il y en aura encore des milliers. Il n’y a qu’un Beethoven ».

Ou encore :

« le génie, c’est 95% de sueur ».

Pour en revenir à ses « Lettre à Elise, Pastorale, Héroïque, Appassionata et autre Pathétique », on voit bien qu’un bon titre fait vendre, même si la musique n’est pas terrible.

Rompu au marketing, pour parler des premières mesures de la 5e symphonie, il profère des slogans du genre [ le fameux motif pom-pom-pom-poooom] « ainsi le destin frappe à la porte » :

(quelle porte ? Je me le demande chaque fois que je l’écoute, encore une ruse du marketing musical du grand Ludwig van).


Et l’escroquerie de nos jours, me direz-vous ?

Rien n’a changé, sauf qu’avec les moyens multimédia, elle rapporte encore plus.

L’ACI et producteur allemand Frank Farian est à l’origine de l’arnaque Boney M. (60 millions d’album vendus dans les années 75/85, 42 disques d’or, 50 disques de platine, 50 disques de diamant).
Parti d’un 45 tours conçu avec des musiciens de studio et mis sur le marché sous le pseudonyme « Boney M. », Farian doit vite monter de toute pièce un groupe fantoche, devant le succès du titre.
Le « chanteur » homme est un dénommé Bobby Farrell, danseur exotique sexy, mais né sans cordes vocales.

De gauche à droite : Bonnet A, Bonnet M, Bonnet B, Bonnet D (©Wonderbra)

Franck Farian a remis le couvert avec Milli Vanilli, groupe aux 30 millions de disques écoulés et des concerts à guichet fermé, dans les années 90. Les deux « artistes » n’étaient que des potiches, mimant les paroles sur des voix enregistrées sur bande par de vrais chanteurs et notamment celle de leur producteur Farian.

MILLI VANILLI

Un procès leur fut intenté aux Etats-Unis et les pro du show-biz se rièrent d’eux.
On se demande bien pourquoi, alors qu’eux-mêmes sont régulièrement les premiers à escroquer le public par des artifices de tous ordres : auto-tune pour redresser les fausses notes, réverbération pour faire croire que la prise a été faite dans une cathédrale gothique, mannequin sexy sans voix, re-re-re-recordée et volume de la piste-voix boosté, pour conférer un peu d’épaisseur (et de talent ?) au timbre, et pour ceux qui l’ignorent, 30 prises de voix studio différentes enregistrées du même couplet de 4 mesures, coupées, retravaillées, recollées grâce au magicien Protools.

 

 


La Gentille Universal

Enfin, l’escroquerie musicale ultime est liée au système industriel de la chanson.

Universal, Grande Opportuniste devant l’Eternel, a planifié les « produits » musicaux en les formatant en catégories susceptibles de plaire à un peu tout le monde, même si tel ou telle artiste ne fait pas l’unanimité de la masse passive qui l’écoute.

Auditeur de base en pleine écoute passive (pré-adulte).

Auditeur de base adulte (écoute passive)

C’est très clairement lié aux origines du piratage. Aucun artiste français ne vend un million d’albums aujourd’hui, comme c’était alors le cas par exemple dans les années 80 avec les Goldman ou Jonasz.

Devant ce constat, les maisons de disques ont réagi avec un vrai bon sens.
Comment continuer à vendre autant d’albums malgré les téléchargements illégaux ?
Tout simplement en signant le plus d’artistes possible et qu’importe leur niveau, puisque le public suivra ce qu’on lui imposera.
On tamponne un code-barre sur le front de chaque chanteur et Universal encaisse.

Homo codex barrus


Cela porte un nom : la dictature musicale

la dictature musicale est une question d’arithmétique

Mais une dictature ouverte et non « fermée », comme pourrait le laisser croire ce terme.
Il suffira donc qu’un artiste plaise non plus à un million de personnes mais seulement à 5000.
Si 10 chanteurs par catégorie et sous-catégorie sont signés, on atteindra alors l’équilibre des ventes et l’on retrouvera les chiffres d’antan.
Il suffit, pour créer les catégories, de piocher dans l’arsenal des styles existants :
rap dur, rap tendre, rap politique, chanson à textes, chanson pour ado débile, chanson pour ménagère de plus de 50 ans, chanson pour jeune maman branchée, gentil rock, et surtout beaucoup de featuring inter « vedettes », de collaborations diverses.

Mais encore des reprises au kilo et des compilations, best of, the very best of, the ultimate best of, the definitive best of, the best of the best.
C’est tout bénéfice puisque le titre est déjà dans l’escarcelle d’Universal.

Pour conclure l’escroquerie, les professionnels auront à leur disposition les partenariats télévisés pour bien nous assommer avec The Voice, sorte de Grand Hymne Télévisuel à la gloire de la Chanson.

Boîte à télé-crochet de masse

 

 

 

Et pour couronner le tout, l’ultime Absolution sera donnée une fois par an avec les Victoires de la Musique, Grand-messe autosatisfaite et purement mercantile qui récompense les artistes, lesquels dans leur naïveté à se croire merveilleusement doués, n’auront pas remarqué que le système Universal se moque pas mal d’eux et que si Untel est sacré champion de tous les chanteurs, c’est que la crèmerie Universal aura préalablement établi un bilan financier prévisionnel et décidé de « pousser » tel ou telle artiste pour équilibrer les comptes à sa sauce.

Bouillon Universal

 

Par Jean-Loup Cataldo le 11 mai 2017

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