Fréhel, signée chez Pathé

Les variétés, miroir de leur temps

On admet généralement que ce n’est pas la chanson qui doit donner de la personnalité à l’artiste, mais l’artiste qui donnera de la personnalité à la chanson.

Les variétés sont, au pied de la lettre, le miroir de leur temps. Les chansons des années 1940 nous parlent un peu moins que celles des années 2010.

Fernandel chantait en 1942 une chanson d’Oberfeld sur les tickets de rationnements :

 

 

Avez-vous les tickets

Les tickets de matière grasse

 Le vin la viande le lait

 Avez-vous les tickets…

Qui sait seulement aujourd’hui que ces bons étaient émis par le gouvernement pour permettre à son titulaire d’obtenir de la nourriture ?

 

 

Michel Sardou, qui a chanté quelques chansons « engagées », s’est plaint en chanson et en 1975 d’un abandon par l’état du paquebot FRANCE :

Ne m’appelez plus jamais « France ».

La France elle m’a laissé tomber.
Ne m’appelez plus jamais « France ».
C’est ma dernière volonté.

J’étais un bateau gigantesque
Capable de croiser mille ans.
J’étais un géant, j’étais presque
Presqu’aussi fort que l’océan.

 

Pierre-Auguste Renoir, La yole, 1875

 

Le luxueux paquebot de croisière fut mis à l’eau en 1960 et il assura des traversées jusqu’en 1974. Peu rentable, l’état le revendra en 1977 à une homme d’affaires Saoudien, qui s’en séparera en 1979 au profit d’un armateur norvégien. Rebaptisé Norway, il assurera encore quelques croisières avant d’être revendu à un ferrailleur, pour finir sa vie en Inde, méthodiquement démantelé et vendu au poids de la ferraille.

 

 

 

Les caractéristiques d’une chanson

Constatation N° 1 : La chanson est le couple idéal de l’alliance de la musique et des paroles.

Constatation N° 2 : Elle doit être courte, sauf si c’est une chanson de marche, qui par définition, est d’une durée illimitée :

Un kilomètre à pied
Ça use ça use
Un kilomètre à pied
Ça use les souliers
Deux kilomètres à pied
Etc.

Ou encore :

Dans la troupe, y’a pas d’jambe de bois Y’a des nouilles, mais ça n’se voit pas ! La meilleure façon d’marcher C’est encore la nôtre C’est de mettre un pied d’vant l’autre Et d’recommencer ! Un deux ! Un deux ! Etc.

Constatation N° 3 : la structure d’une chanson est normalement strophique, c’est-à-dire dotée d’une alternance couplet-refrain. Elle est répétitive, donc facilement mémorisable.

De préférence tonale ou modale, on évitera les chansons sérielles avec « récurrence du miroir de la série » ou encore l’hyperchromatisme d’Ivan Aleksandrovitch Wychnegradsky (si, si, renseignez-vous, ce n’est pas possible, vous verrez…)

Ivan Wyschnegradsky

Ainsi, la chanson est par définition populaire et doit toucher un maximum de public, ce qui signifie parler à tous ; il faut que j’aie envie de m’identifier à la situation décrite par le texte et si, en prime, la musique m’accroche, c’est le bonheur. La mélodie et le texte doivent pouvoir se graver dans ma mémoire. Ne vous est-il pas arrivé d’avoir un refrain en tête et que cela en devienne énervant, car il ne vous quitte plus ?


Le mélange des genres

Il est à éviter.

Pour faire une chanson, il faut un air, des paroles, un chanteur ; ces éléments forment une configuration assez contraignante sur le plan du genre musical. Elle exclut tant la polyphonie et ses effets de contrepoint que les libertés virtuoses.

La mélodie d’une chanson populaire ne devra revêtir ni la structure ni le style ni les intervalles des mélodies « classiques », qui possèdent d’ailleurs elles aussi leurs règles : on n’écrit pas de la même manière un air d’oratorio, un lied, une mélodie française, un air d’opéra, un madrigal, tous considérés, à des niveaux différents, comme des chants savants accompagnés.

Les analystes s’accordent en général à qualifier ces genres vocaux comme étant d’une qualité supérieure aux « romances » ou aux chansons de variétés.

cloclo chanson populaire

Nous n’entrerons pas dans les détails, qui sortiraient de notre cadre consacré à la Chanson Populaire.

 

Cependant, l’on peut considérer que le terme mélodie lui-même concerne de façon large la dimension mélodique, opposée à la dimension harmonique et de façon plus restrictive, une ligne mélodique mémorisable et chantante comme une chanson ; ce terme peut donc bien naturellement s’appliquer à tous les airs en général, dès qu’ils sont chantables.

Il en procède de même pour les paroles.

Ne cherchez pas, dans vos textes, à imiter Arthur Rimbaud :

Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s’ouvraient tous les cœurs, où tous les vins coulaient. Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux. − Et je l’ai trouvée amère. − Et je l’ai injuriée.

ni Malherbes :

Le malheur de ta fille au tombeau descendue
Par un commun trépas,
Est-ce quelque dédale, où ta raison perdue
Ne se retrouve pas ?

Mais elle était du monde, où les plus belles choses
Ont le pire destin ;
Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,
L’espace d’un matin.

Un simple « Ne me quitte pas » ou bien un « je t’aime » approprié peuvent suffire à nous faire frissonner.


LES GENRES

On dit que la chanson est « un petit roman en 3 minutes ». On exprimera donc un récit qui emploiera des mots-clés, des rimes, un peu de poésie ou pas, des effets métriques, dans quelque allure qu’elle puisse revêtir. Ces genres sont diversifiés et adaptés pour tous les goûts :

La chanson réaliste, le chant militaire, la chanson militante, la chanson humoristique, les chants de marins, les chansons de métiers, les chants traditionnels et folkloriques, les chansons d’enfants, les chansons historiques, les chansons chantées par les chanteurs de charme et les autres chansons profanes comme les chansons d’amour, les chansons libertines, celles qui mettent en scène des situations banales ou exceptionnelles de la vie courante, des rapports entre les couples, des petites histoires de rien du tout, des états d’âme de l’interprète, les chansons débiles ou crétines, les chansons jeux de mots, la chanson littéraire, la chanson nostalgique, etc.

Bref, les thèmes et les ambiances des chansons françaises sont illimités et sont communs à ceux des chansons anglo-saxonnes.

Texte issu et adapté du Volume V, TRAITE DE L’ARRANGEMENT, I. Jullien & J-L Cataldo

Par Jean-Loup Cataldo le 16 avril 2017

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