La musique est une affaire simple, les musiciens vous le diront.

La preuve c’est qu’ils n’ont à leur disposition que sept notes. Avec si peu de notes, cela ne peut être compliqué.

Gamme de Do Majeur

Ces 7 notes, jouées successivement, composent ce que l’on appelle une gamme. Chacun se souvient de ses cours de musique au collège et c’est plus facile à retenir que la liste des départements Français : do, ré mi fa sol la si do.

Ne me demandez pas d’où vient le nom des notes, je n’en ai aucune idée.

Enfin, si, mais c’est sans intérêt : un moine de l’an 1000 et quelque nommé Guy d’Arezzo, du nom d’un village paumé situé en Italie, s’est aperçu que la transmission de la musique, jusque là orale, était déformée par de vieux professeurs séniles qui perdaient la mémoire et transmettaient de la musique erronée à leurs disciples.

Il a donc décidé d’inventer un hexacorde, sorte de portée (des lignes parallèles qui supportent les notes) musicale et d’y placer les notes de manière immuable.

Il en a profité pour leur donner le nom qu’on connaît en pillant outrageusement les premières syllabes d’un chant religieux latin, une hymne à Saint Jean-Baptiste (car les droits d’auteurs n’avaient pas encore été inventés par notre ami Beaumarchais).

Au fait, le mot hymne porte t-il le genre masculin ou féminin ? les deux, mon bon ami.
Si vous chantez la Marseillaise ou le God Save the Dragqueen, vous chantez UN hymne.
Si vous chantez un chant à la gloire de Dieu, c’est aussi du masculin.

Chant grégorien (Eglise catholique d’après le rite romain).

Mais si vous chantez un chant religieux latin (catholique), alors, on dira UNE hymne.
Bien, me direz-vous, le chant catholique n’est –il pas à la gloire de Dieu ? ET donc, ne devrait on pas dire aussi UN Hymne ?

Eh bien, s’il est à la gloire de Dieu , on dira UN hymne, et s’il est à la gloire d’un Saint ou de la Vierge Marie, l’on dira UNE Hymne .
Simple, non ?

Revenons à nos 7 notes.
Do, ré,mi, fa, sol, la si.
Comme les anglais ne font rien comme tout le monde et qu’ils préfèrent le Fish and chips à la pizza napolitaine, ils ont préféré donner au nom des notes les lettres de l’alphabet : C (do), D (), E (mi), (fa), (sol), (la), (si).

Gamme de Do Majeur, tout en couleur.

Vous avez vu, non seulement ils n’ont pas réussi à retenir les notes « latines », mais en plus, ils n’ont même pas été fichus de retenir l’alphabet dans l’ordre des lettres que nous leur connaissons tous ! Sacrés anglais ! Ceci dit, ils ont quand même à se glorifier d’un ou deux compositeurs sympathiques : Purcell au 17e siècle, Britten au 20e siècle.
Et aucun au 19e siècle ? Ben, non, les Anglais ne sont décidemment pas de grands Romantiques ? Enfin pas jusqu’à l’arrivée des Beatles.

Mais justement, que peut-on faire avec 7 notes ?
Tout !
Une symphonie, une chanson à boire, une mazurka, une chanson sérielle d’amour, une comptine dodécaphonique, etc.

Bribe du Klavierstucke op. 11.

L’exemple choisi est tiré du 1er Klavierstucke op. 11 d’Arnold Schœnberg. C’est historiquement la première œuvre atonale et regardez à la main droite l’arpège do-mi-sol et son « harmonisation à la main gauche. Cela ne sonne pas vraiment comme le 1er prélude en do Majeur du petit Sébastien Bach :

Prélude de Bach.

Déduction n° 1

John Lennon a utilisé les mêmes notes que Frédéric Chopin, qui a utilisé les mêmes que Guy d’Arezzo en 1050. Leurs musiques sonnent pourtant différemment.

Déduction n° 2

C’est l’époque qui détermine le style.
C’est aussi l’homme qui détermine le style à l’intérieur d’une même époque.
Jacques Brel ne ressemble pas à Michel Jacqueson. Il est plus blanc (enfin, quoique…)
Puisque j’y suis, je vais parler de ce génie du XXe siècle, danseur hors de pair, compositeur, chanteur, auteur, interprète…
Le petit Jacqueson a été élevé à la dure par son papa, qui, comme celui de Beethoven, un autre génie, l’obligeait à se lever dès 4 h du mat’ pour faire ses gammes.

Rictus cripé du petit Beethoven après 10 ans de gammes.

Corollaire n° 1

Le génie sans travail ne sert à rien.
Le petit Jacqueson a très tôt appris à chanter et à danser et sa carrière a débuté dès l’âge de cinq ans.

Corollaire n° 2

Le petit Jacqueson est un artiste plus complet que le Grand Ludwig car il savait non seulement composer, mais aussi chanter et danser…

La théorie de la musique est devenue aujourd’hui un fait acquis objectif ; comme un théorème de math, il suffit de l’apprendre par cœur. Vous en doutez ?

Nous disions que la musique comprend 7 notes.
Enfin la nôtre, pas celle des chinois, ni celle des Indiens, ni celle des Balinais.
Ces notes peuvent être réhaussées (jouées ou chantées un peu plus haut vers l’aigu) ou abaissées (un peu plus bas vers le grave).
On dit qu’elles sont « altérées ».
Du coup, on a inventé 2 petits signes distinctifs pour repérer cette modification : le dièse # pour le haut et le bémol b pour le bas (petit moyen mnémotechnique bémol baisse la note). Donc, un ré peut être « naturel » (la touche blanche du piano), ou ré # (à droite du ré naturel sur le piano) ou ré b (à gauche du ré naturel sur le piano).

Grâce à l’agencement des notes de la gamme (donc, si je compte bien, on a à sa disposition 21 notes possibles), on va pouvoir inventer une mélodie.
Si vous voulez paraître pro dans le milieu des Classiqueux, vous parlerez de « ligne mélodique », et dans le milieu de la pop un « song », cela fait quand même plus « style » (prononcez sta-il).
La mélodie est une succession de notes plus ou moins bien agencées selon l’inspiration, le métier ou le talent de celui qui l’invente. Elle sera toujours une combinaison de sons conjoints (do, ré, mi, fa…) et de sons disjoints (do, mi, sol…).

On ne vous l’a jamais dit, mais l’escroquerie commence ici, car cette fameuse mélodie se servira de fragments de gamme (sons conjoints) et de fragments d’arpèges (sons disjoints) : IL N’Y A PAS D’AUTRES POSSIBILITÉS.

Quelquefois c’est même pire, car le conjoint se résume à deux notes répétées, le summum de l’indigence. Ce procédé n’empêche pas de faire des tubes : NE ME QUITTE PAS, mi-mi-fa-mi-mi !

Idem pour le disjoint avec seulement deux notes : Beethoven pousse le bouchon encore plus loin, car il répète la première note 3 fois avant d’aller à la deuxième : 5e symphonie, sol, sol, sol, mi-i-i-i-i-i-i (bémol).

Comme on aime bien que les choses portent un nom, on a nommé les distances qui séparent les notes « intervalle ».

 

  • Entre 2 notes (do-ré) : seconde
  • Entre 3 notes (do-mi) : tierce
  • Entre 4 notes (do-fa) : quarte
  • Entre 5 notes (do-ré) : quinte
  • Entre 6 notes (do-ré) : sixte
  • Entre 7 notes (do-ré) : septième
  • Entre 8 notes (do-ré) : octave

Et après, neuvième, dixième, onzième, douzième, treizième, etc.

Retenez bien que la musique est donc faite  :

  • de gammes (sons conjoints)
  • d’arpèges (successions organisée de sons disjoints : do-mi-sol-do)

Les arpèges peuvent être joués plaqués, cela s’appelle un « accord ».
Un accord est donc un ensemble de notes harmonieuses (en principe) jouées simultanément.
Les accords s’enchaînent de manière à former une succession harmonique logique au déroulement de la mélodie.
Doit-on écrire une mélodie sur une suite d’accords prédéfinie – ou l’inverse – ou un peu des deux ?

Nous verrons cela lors d’un prochain billet.

Par Jean-Loup Cataldo le 29 janvier 2017

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