CHANSON FRANÇAISE, POP & VARIÉTÉS

EXTRAITS CHOISIS DU TRAITE DE L’ARRANGEMENT VOLUME V

La chanson française est, nous l‘avons dit, un genre musical à part entière, au même titre que la musique symphonique ou l’opéra.

Elle possède une particularité : les textes sont chantés en français ;

– parfois en (très) mauvais français (rap, j’ai oublié le nom de l’artiste) :

 

J’ai sorti mon acier et j’ai gunné ouais,

On vit sur une triste époque

La rancune elle veut ta peau, yo… ;

 

– quelquefois une petite faute de français (Laurent Voulzy le Cœur Grenadine) :

J’ai laissé sur une planisphère Entre Capricorne et Cancer Des points entourés d’eau des îles ;

– puis des textes poétiques (Barbara, A mourir pour mourir) :

 

Sur un long voilier noir La mort pour équipage Demain, c’est l’au revoir Je quitte vos rivages 

– ou de la légèreté dans la prose (Claude François, Alexandrie Alexandra) :

 

Voiles sur les filles Barques sur le Nil Je suis dans ta vie Je suis dans tes bras Alexandra Alexandrie… J’ai plus d’appétit qu’un Barracuda

À regarder de plus près ces textes, on remarquera les différences de style littéraire.


Règles de base :

– La mélodie devrait en principe coller au texte : je vois mal le texte de Barbara sur une mélodie dans le genre de celles qu’écrivait Freddie Mercury pour Queen.

– le style d’arrangement va aussi forcément dépendre des textes (et de la mélodie). Je ne vais pas employer des riffs de guitares saturées et une pulsation de hard rock sur le Cœur grenadine. Ceci a priori (en italique stp), car il peut arriver que ce soit le cas, par exemple avec la reprise déglinguée de My Way par l’artiste punk Sid Vicious, ex-chanteur des Sex pistols. Mais ici, il s’agissait plutôt de récupérer un symbole, « le tube universel », pour l’avaler et le digérer à la sauce punk : parodie, irrévérence, violence et mauvais goût.

Tout le monde a entendu au cours de sa vie quelques centaines de chansons et chacun a pu choisir son camp (ou pas, d’ailleurs) : les Variétés ? La Chanson française, la Pop ? Française ou Anglo-saxonne ? Le Rap ? Le Slam ?

Car il faut bien poser la définition de tous ces termes, de toutes ces catégories.

Et malgré tout, n’y aurait-il pas de passerelle entre les genres ou encore un artiste qui serait quelquefois pop et quelquefois variétés ?

Les limites d’une catégorie ne sont pas aussi définies qu’on pourrait le penser.

Dans notre exemple pris chez Voulzy, le Cœur Grenadine est-il de la pop ou de la variété ? Ou de la chanson française ?


Approche des styles

 

L’exercice est malaisé tant la frontière entre un style et l’autre est ténue.

1) La Chanson française

Voici une définition glanée dans un dictionnaire de la chanson : la chanson Française est un terme de l’après-guerre (1 945) qui fait référence à des artistes qui se démarquent des productions anglo-saxonnes par l’utilisation de textes littéraires et poétiques :

 

Bien sûr, nous eûmes des orages Vingt ans d´amour, c´est l´amour fol Mille fois tu pris ton bagage Mille fois je pris mon envol Et chaque meuble se souvient Dans cette chambre sans berceau Des éclats des vieilles tempêtes (Brel, la chanson des vieux amants)

 

 

Si l’on compare aux paroles suivantes, on constatera que la définition s’applique :

 

Honey honey, how you thrill me, ah-hah, honey honey Honey honey, nearly kill me, ah-hah, honey honey I’d heard about you before I wanted to know some more And now I know what they mean, you’re a love machine Oh, you make me dizzy (ABBA, Honey honey)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En gros, « Chéri vous me captivez, vous êtes une machine d’amour, vous m’étourdissez, tuez-moi, mais pas tout à fait, bla-bla… »

 

Mais si on la compare à celles-ci, c’est moins sûr :

 

If blood will flow when flesh and steel are one       Si le sang s’écoule quand la chair et l’acier ne font qu’un

Drying in the colour of the evening sun                    En séchant dans la couleur du coucher de soleil

Tomorrow’s rain will wash the stains away           La pluie de demain enlèvera toutes les taches

But something in our minds will always stay         Mais une chose restera toujours ancrée en nous

Perhaps this final act was meant                               Peut-être cet acte ultime était accompli

To clinch a lifetime’s argument                                  Pour mettre fin à la dispute de toute une vie

That nothing comes from violence andnothing ever could          Que rien ne naît de la violence et n’en naîtra jamais
                                                            

For all those born beneath an angry star                 Pour tout ceux, nés sous une mauvaise étoile

Lest we forget how fragile we are                              De peur que nous oubliions à quel point nous sommes fragiles

On and on the rain will fall                                        Tant que la pluie tombera

Like tears from a star like tears from a star            Comme des larmes d’étoiles, comme des larmes d’étoiles

On and on the rain will say                                       Pour toujours, elle nous rappellera

How fragile we are how fragile we are                   À quel point nous sommes fragiles, à quel point nous sommes fragiles

(Sting, Fragile)


2) La « musique de Variété(s) » ou « les variétés » ou encore « la variété ».

 

Trois appellations au choix et au moins autant de définitions et d’à-peu-près stylistiques.

Selon quelques auteurs d’ouvrages que nous avons en main et en résumé, la musique de variétés est censée se distinguer (des autres musiques) par un objectif purement mercantile, celui de plaire au plus grand nombre et en conséquence, arithmétiquement parlant, de rapporter le plus d’argent possible à l’industrie musicale. C’est en partie vrai, mais cela fonctionne de la même manière pour la pop ou le rock et de surcroît, il est un peu absurde de définir un style par rapport à un bilan prévisionnel de maison de disques.

Ce qui pourrait à notre sens différencier les variétés de la chanson française, ce serait effectivement des textes qui ne recherchent ni l’effet poétique ni l’effet littéraire ; par exemple, un auteur de variétés pour ados qui traduirait Brel (Chanson française) ne proposerait pas :

 

Bien sûr, nous eûmes des orages

Vingt ans d´amour, c´est l´amour fol

Mille fois tu pris ton bagage

Mille fois je pris mon envol

 

Mais peut-être :

 

Non, non, nous n’étions plus calés

Vingt ans qu’ça dure, c’est fou l’amour

Tu t’es souvent sauvée                         (admirez l’allitération, au passage)

J’attendais ton retour

 

Une variante, par un auteur de variétés au look « rebelle », car tout fait vendre :

 

On s’est engueulé-és

On s’aimait, on s’aim’, on s’aim’ra

Tu t’es souvent cassée

Je m’ suis souvent barré.

(et tant pis pour la rime, je suis un rebelle)


3) La musique pop, la pop, la pop music : essai d’une définition.

Voici ce que le Larousse nous propose :

Ensemble des musiques apparues au début des années 1960 en Grande-Bretagne, puis aux États-Unis, dérivées du rock’n’roll, du blues, du folksong et de la musique country et enrichies d’influences diverses (musique classique, électronique, indienne, etc.).

Ou l’encyclopédie Universalis :

« L’expression pop music fut employée à l’origine, aux États-Unis, pour désigner l’ensemble des musiques populaires (pop étant l’abréviation de popular), c’est-à-dire toutes les musiques dites « de variété ». Peu à peu, surtout en Europe, son sens devint plus restreint et fut employé seulement à propos d’une musique simple, dérivée du jazz par l’intermédiaire du rock’n’roll.

On y trouve de nombreux caractères originaux : technique particulière de la répétition mélodique ou harmonique, accords simples évoluant parfois par mouvement parallèle, recherche de timbres nouveaux par divers procédés électroniques, amplification de certains instruments dont la sonorité normale est peu bruyante…

La pop music ne constitue pas un genre musical bien précis.

L’esprit pop définit aussi une écriture caractérisée par un travail sur la mélodie et les voix ».

 

      « Pop music »

 

désigne aujourd’hui dans les pays anglo-saxons l’ensemble des musiques qui touchent le grand public, une grande partie des musiques électriques populaires en y incluant le rock des années 1960 et 1970.

L’on pourrait opposer le rock de cette période (celui des Rolling Stones) à la pop (symbolisée par les Beatles) en collant à cette dernière l’image d’une musique simpliste, par référence à des caractéristiques musicales qui la rendent facile d’accès : des refrains faciles à mémoriser et un certain goût pour les effets de mode et les orchestrations à base de guitares électrique, acoustique, basse et batterie, guitare, piano, synthétiseur, boîte à rythmes, séquenceur, échantillonneur.

Dans ce genre à tiroirs, on trouve pêle-mêle, Pop baroque, Dance-pop, Europop, Indie pop, Jangle pop, Pop psychédélique, Pop opératique, Power pop, Synthpop, Sunshine pop, Teen pop, Britpop, Country pop, Dance-pop, Girl group, J-pop, K-pop, Pop latino, Pop rock, Pop metal, Pop de chambre, Pop rap, Pop soul, Dreampop, Noise pop, Pop punk, Pop progressive, Sophisti-pop, Tropipop, Wonki pop et quelques autres.

 

La musique pop est donc un sacré fourre-tout.

On y dénombre, en premier lieu, certains artistes français qui s’autoproclament « pop », comme s’il était dévalorisant de « faire de la Variété ».

On est pop « si on est de son temps », mais par définition, tout être encore vivant n’est-il pas de son temps ? Lorsqu’on produit du rêve, c’est avec les outils d’aujourd’hui pour le public de maintenant ; aussi n’écrirais-je jamais un arrangement en espérant qu’il ne sera pas démodé dans dix ans. Au rythme où se succèdent les modes, il le sera dans quelques mois. Le « son » a tendance à être recyclé et renouvelé de plus en plus rapidement. Au milieu des années soixante-dix, on écoutait un « vieux » tube écrit en 1970, il ne paraissait pas si démodé au niveau du son, des arrangements ou même de la mélodie.

De nos jours, écoutez un hit produit 24 mois en arrière, on a l’impression qu’il date du Moyen-Âge.

Et si vous écoutez du disco de 1 979, il daterait donc de l’Antiquité et une chanson de Tino Rossi de la Préhistoire ?

TINO ROSSI 

VS.

DONNA SUMMER

Ceci est valable si vous utilisez des sons synthétiques et une prise de son « à la mode ». Par exemple, les productions des années 1980 sont marquées par :

– un usage immodéré de la réverbe, dont un bon exemple est atteint avec l’album « Faith », de l’ACI George Michael ;

– l’utilisation d’un effet de reverb gate, qui est une combinaison de forte réverbération et de noise gate, que l’on retrouve dans les timbres de batterie, notamment pour rendre la caisse claire plus pêchue ; cet effet a été initialement utilisé par Phil Collins et vous pourrez l’apprécier dans le titre « In the Air Tonight ».

Dans le cas d’arrangements symphoniques, comme ceux réalisés pour Michel Leeb, cela restera tout de même intemporel, avec une prise de son neutre et des arrangements « classiques ».

Il faut quand même définir cette notion d’intemporalité :
Une chose peut être qualifiée d’intemporelle lorsqu’on ne peut lui donner aucun âge, lorsque le temps n’a pas de prise sur elle, lorsqu’elle ne subit pas les influences de la mode, et qu’elle plaît toujours autant.

Cette chose ne varie pas en fonction du temps, elle est de tous les temps.

Il faut aussi tenir compte de l’assimilation du cerveau pour intégrer les sons : lorsqu’on écoute Piaf, ce genre de voix n’est plus utilisé aujourd’hui, les arrangements ne sont plus écrits de la même manière, la prise de son est vieillotte ; mais cela passe, car la force de l’interprète, la mélodie et les textes prennent le dessus et nous font oublier le reste.

Edith Piaf

C’est en cela que l’on peut parler d’intemporalité, mais elle concerne plutôt la nature des sentiments humains, notre sensibilité, qui sont de tous les temps et de tous les lieux.


La chanson est ainsi une stylisation du temps.

Donc, la 1re recette sera de composer, d’écrire, d’arranger, bref de produire sans se poser de question existentielle sur les effets de mode futurs.

Il faudra en revanche être toujours « dans le mouv’ » et mieux, pourquoi pas, le précéder (mais attention, cela présente des risques).

Nous verrons cela dans notre étude sur Quincy Jones.

La limite entre variétés, pop, Nouvelle Chanson Française peut se voir franchie par les interprètes eux-mêmes :

Céline Dion est quelquefois pop, quelquefois variétés ; les représentants de la NCF (Nouvelle Chanson Française), pour certains, ne sont-ils pas les descendants des interprètes « Rive Gauche » (Barbara, Juliette Gréco), avec un son plus moderne, évolution oblige ?

Et après tout, l’artiste ne se réveille pas un beau matin en se disant : – « tiens ce matin, je me sens pop ».

L’arrangeur, qui définit l’orientation et la couleur du morceau n’y serait-il pas pour quelque chose dans cette qualification ?

 

On peut considérer en définitive une interaction et un transfert constants dans le son et les styles, des musiques dites « commerciales ».

Si j’emploie une guitare saturée dans un morceau de variétés, c’est que j’ai usé d’une composante, d’une analogie avec le hard rock ou le métal, mais non garanti 100 % pur jus de Van Halen pressé. D’ailleurs, quand il joue le solo dans Beat It, (Michael Jackson), qui est un morceau « rock » cela ne fait pas pour autant de Michael, même si c’est lui qui l’a composé, un rocker invétéré, n’est-ce pas ?

Eddie Van Halen

 

Par Jean-Loup Cataldo le 16 février 2017

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